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La France de tout en bas

28 novembre, fin d’après-midi.
Un gosse de treize ans appelle. Sa mère de 38 ans est allongée par terre, elle est bleue, elle ne respire plus.
L’équipe part. Dans la voiture, je sais déjà qu’il y a deux options. La plus probable, la femme a fait un simple malaise et tout le monde s’est affolé, mais ce n’est pas grave du tout. La deuxième option, plus rare, cette jeune femme est en arrêt cardiaque. 38 ans, c’est jeune pour mourir.
5ème étage sans ascenseur. Nous montons avec tout, au cas où. Tout de suite une odeur infecte nous saute aux narines. Mélange d’urine, d’excréments et de je ne sais pas quoi encore. Sans bien observé autour de moi, je vois, je perçois un appartement plongé dans une crasse innommable. Une femme gît par terre, dans la salle, au pied clic-clac ouvert comme un lit.
Arrêt cardio-respiratoire. Nous sommes les premiers sur les lieux, les pompiers ne sont pas encore arrivés. J’entends des enfants pleurer à côté, et je vois un type au regard et au faciès totalement ahuris. Il ne semble rien comprendre. Je me jette sur la poitrine de la victime pour faire un massage cardiaque, pendant que l’infirmière, le conducteur, et l’externe préparent le matériel. L’activité cardiaque au scope est complètement nulle. Encore une minute et les hommes en bleu sont là qui prennent le relais des manœuvres de réanimation tandis que je m’installe à la tête pour l’intuber. Sa bouche est remplie d’un liquide brunâtre, immonde. J’aspire tout ce que je peux aspirer pour au moins exposer la glotte. Pendant ce temps, l’infirmière cherche une veine.
Rien. Nada. Que dalle.
De mon côté, j’ai enfin pu voir le trou au milieu des cordes vocales. Je mets le tube et comme nous n’avons toujours pas de perfusion en route, j’envoie 5 milligrammes d’adré dans la trachée. Aucun effet. Je suis à peu près sûr qu’elle est en arrêt depuis plus d’1/4 d’heure. Je cherche une veine jugulaire au niveau du cou, sans trop la voir. Coup de bol, je la trouve : on a une voie. On commence les injections d’adré.
Pendant ce temps-là, je fais contrôler la température : 33°!
Là, y a un truc.
Le protocole de réanimation en court, je peux laisser faire mon équipe et partir à la pêche aux renseignements. J’avise donc le conjoint qui est à côté. Les enfants pleurent toujours, mais, heureusement, ils n’assistent pas à la scène. Et le type me raconte une histoire à peine croyable.
Sa femme a été opérée du rein, elle est rentrée chez elle il y a un mois. Elle n’allait pas très bien, elle était de plus en plus faible. Elle n’a pas revu de médecin depuis. La veille (ou peut-être l’avant-veille), elle est tombée par terre. Elle était consciente, elle lui parlait. Il a essayé de la relever, mais il n’a pas réussi.
À partir de là qu’a-t-il fait ? Est-il allé chercher des voisins pour l’aider à mettre sa femme dans son lit ? A-t-il téléphoné pour appeler des secours ? Son médecin traitant ?
Non. Rien de tout ça. Il a laissé sa femme par terre toute la journée d’hier, toute la nuit, toute la journée du lendemain. Sur le sol, dans sa pisse, avec ses trois enfants de 13, 10 et 8 ans obligés de l’enjamber. Elle s’est refroidie, elle a perdu connaissance, elle a fait… que sais-je ? Une embolie pulmonaire ? Un excès de potassium par destruction des cellules musculaires trop longtemps comprimées sur le sol dur de l’appartement ? Enfin, ce qui est certain, c’est que le cœur a fini par lâcher, et c’est le fils aîné qui s’en est aperçu. Et l’autre lobotomisé me regardait avec des yeux de merlans frits, détruit par l’alcool, incapable de comprendre qu’il avait tué sa femme par pure connerie.
La police est arrivée. Pendant que je discutais avec elle, le cœur de la victime s’est remis à battre et nous avons galéré pour la ramener. Cinq étages sans ascenseur, une tension dans les chaussettes. Elle a fait deux autres arrêts cardiaques que l’on a également récupérés. J’entendais le flic (que je connais personnellement) engueuler copieusement l’abruti de service qui s’obstinait à ne rien comprendre sur sa responsabilité.
Avant de démarrer, je suis allé parler au gamin de 13 ans qui était maintenant chez la voisine qui ne s’était pas gênée pour dire au môme qu’il aurait du venir la chercher plus tôt. Merci pour la culpabilité que ce gosse va devoir se trimbaler jusqu’à la fin de ses jours. Je pense qu’il n’avait pas besoin de ça.
Quand je lui ai dit que le cœur de sa mère était reparti, et que nous l’emmenions à l’hôpital, il a poussé un grand ouf de soulagement. Et puis, il m’a demandé quand sa mère reviendrait de l’hôpital.
Elle a été déclarée morte quelques heures après son admission en réanimation.

Voilà. C’était une plongée dans la bêtise humaine dans ce qu’elle a de plus sordide et de plus révoltant.

Dernière modification le : 01/12/2009 @ 17:27
Catégorie : Aucune

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